Le toucher: un besoin fondamental ?

Le toucher: un besoin fondamental ?

Une chose m’a toujours interrogée dans mon métier, c’est la détente que procure un massage. Je connais la détente musculaire, l’apaisement du système nerveux, l’amélioration de la circulation sanguine et lymphatique … Oui mais, parfois, cela va bien au-delà. Il va bien plus loin qu’un simple moment de relaxation.

Je trouve fascinante la confiance que m’accorde la personne que je masse. C’est parfois un-e inconnu-e littéralement mis-e à nue devant moi, quoi de plus vulnérable, et pourtant il-elle est capable de lâcher prise dans mes mains. Je suis formée et diplômée pour dispenser des massages. Est-ce suffisant ? Non, je vois bien que l’état de bien-être d’une personne à une autre n’est pas le même. Et lorsque je me fais masser je dois bien avouer que selon la personne qui me masse, je ne retire pas les mêmes bénéfices. Je me souviens d’un massage reçu en formation, et de la colère que je ressentais en me levant de la table. J’ai mis du temps à comprendre pourquoi je ressentais cette émotion: elle avait appliquée le protocole, mais ne m’avait pas accordée son attention, ou du moins, pas celle que j’aurais souhaitée. Cette expérience m’a confortée dans l’idée que masser quelqu’un pouvait venir toucher des choses profondes en lui-elle. Il n’y a rien d’anodin à toucher une personne. Mais comment est-ce possible ?

Un livre m’a donné une hypothèse. Ce livre c’est « La peau et le toucher. Un premier langage. » d’ Ashley Montagu. Dans ce livre l’auteur explique que le toucher est indispensable pour le développement du bébé. C’est le premier sens qui se développe dans le ventre de la mère, et c’est par lui que l’enfant commence à découvrir ce qui l’entoure. Il met aussi en évidence, que la qualité de la relation tactile entre la mère et l’enfant, permettra un bon développement physiologique de l’individu et de bonnes relations sociales dans sa vie d’adulte.

Pendant ma lecture, je me souvenais des paroles d’une de mes formatrices: « Pouponnez des bébés ! Vous aurez un toucher plus juste. Il faut être ferme pour que le bébé se sente en sécurité et doux pour qu’il se sente bien dans vos bras ». Je me revoyais, dans une salle de massage en Inde ou une des masseuses nous expliquait un soin : le dahra. Il consistait « juste » à verser une infusion de plantes sur le corps du massé. Scène que j’avais trouvé très belle, tant les gestes de la masseuse étaient maternants. Le massage, ne pourrait-il pas agir un peu comme la madeleine avec Proust ? Lorsque nous nous faisons masser, cela ne peut-il pas nous rappeler les sensations de nos premiers temps de vie ? Sensations qui sont, quand tout se passe bien, agréables, rassurantes, sécurisantes. Sans nul doute, le massage (re)donne une estime de soit. Il ne peut en être autrement lorsque nous sommes touché-e-s avec attention, écoute et douceur. Qualités requises lorsqu’on s’occupe d’un enfant. Je pense pouvoir faire encore d’autres liens entre le massage et la maternité. Est-ce cela qui rend le massage si efficace ? En partie, oui, cela donne une indication sur la qualité du toucher dont, nous, masseur-se-s, devont faire preuve lors d’un massage.

En écrivant ces lignes, celles d’un autre me viennent à l’esprit: « Ah, oui, cette peau il faut en prendre soin, la nourrir. Avec de l’amour. Pas avec des crèmes. Être portés, bercés, caressés, être tenus, être massés, autant de nourritures pour les petits enfants, aussi indispensables, sinon plus, que vitamines, sels minéraux et protéines. S’il est privé de tout cela et de l’odeur et de la chaleur et de la voix qu’il connaît bien, l’enfant, même gorgé de lait, se laissera mourir de faim. » (« Shantala, un art traditionnel, le massage des enfants. » de Frédérick Leboyer). J’en vient alors à me demander est-ce le massage qui nous rappelle ces sensations de la prime enfance, ou bien vient-il combler des besoins que nous avons depuis que nous sommes né-e-s ? Un peu des deux sans doute. En tout cas, ces lignes ne concernent pas uniquement les bébés. L’Homme est un être de contact et nous ne pouvons pas nous épanouir sans l’autre. Voilà , je pense, un début de réponse à mes interrogations.